Toutes les manifestations ne se valent pas.
Il est des événements qui rappellent à un peuple ce qu’il est. La religion joue parfois ce
rôle. En juin 1979, Karol Wojtyła, pape depuis moins d’un an sous le nom de Jean-Paul II, se rendait dans son pays d’origine alors soumis depuis trois décennies à un régime
socialiste sous domination soviétique au détriment de sa population. Que n’a-t-on pas dit sur ce voyage ? Des millions de fidèles dans les rues, des messes célébrées sur la place
publique pour la plus grande fureur du parti communiste, des messages du Saint-Père à peine voilés concernant l'inhumanité du système socialiste. Certains iront même jusqu'à
dire que ce voyage fut l’inspirateur des mouvements contestataires de Lech Wałęsa et de la chute du régime une décennie plus tard.
Mais pourquoi donc les dirigeants polonais de l’époque ont-ils accepté ce voyage qui remettait en cause l'entièreté de leur légitimité ?
Certains verront dans le voyage du pape Léon XIV en terre de France une analogie historique.
Certes, le pape n’est guère Français, mais il est francophile et francophone.
Certes, la France n’est pas socialiste, mais les thèses marxistes ont grandement inspiré sa culture politique moderne et l'idéologie dominante. Certes, l’Eglise n’est pas
officiellement condamnée, mais la morale chrétienne a subi récemment des affronts jamais vus dans l'histoire tels l’inscription de l’avortement dans la constitution et la
légalisation de l’euthanasie, deux mesures promues par le président de la République.
Enfin, la Pologne et la France sont des pays historiquement très catholiques dont la sécularisation et la laïcisation furent brutales.
Il n’est donc pas étonnant que la visite du successeur de Pierre1 dans notre pays ait suscité un enthousiasme hors du commun. Plus d’un million de fidèles dont 800 000 en
simultané pour la messe célébrée place de la Concorde (tout un symbole) et un Stade de France rempli de 80 000 personnes pour la première messe de l'histoire de l’enceinte.
Tout cela sans oublier les téléspectateurs au nombre de 23 millions, audiences dignes d’une finale de Coupe du monde.
Il n’est donc pas exagéré de dire que cette visite fut historique et va dans un sens global de réévangélisation de la fille aînée de l’Eglise. Ce mouvement venant à la fois d’un retour à la foi catholique important chez les jeunes générations et d’une volonté renouvelée du Saint-Siège de faire de la France une terre chrétienne pour le IIIème millénaire et ce, en dépit de la montée de l’Islam dans le pays. Alors bien sûr, cette nouvelle génération chrétienne n’est pas celle de l’ancien temps, elle n’a pas été habituée au culte régulier et aux vieilles traditions. En cela elle se rapproche des premiers chrétiens convertis par conviction, plus habitués à la cohabitation et donc à la lutte théologique et idéologique contre d’autres religions. En cela Léon XIV ne s’y trompait pas lorsqu’il y a un an, il missionnait le cardinal Robert Sarah pour cette réévangélisation, cardinal ayant désigné l’athéisme militant et l’intégrisme islamique comme deux menaces existentielles pour l’Occident chrétien.
Notons enfin que si ces manifestations furent massives, elles n'engendrèrent aucun débordement, pas le moindre blessé. Une ferveur pacifique, une ferveur responsable, mais une ferveur certaine.
Tout le contraire de ce qui suivit avec les mouvements lycéens. Pourtant, à l'origine de cette mobilisation, certaines revendications ne manquent pas de légitimité. Entre la sélection à l'entrée de l'enseignement supérieur, les classes surchargées, le manque de moyens et les absences de professeurs non remplacées, les dysfonctionnements de l'Education nationale sont nombreux. Plus préoccupante encore est la baisse générale du niveau scolaire, illustrée par le dernier classement PISA, qui fait état d'un recul historique des résultats français en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Un constat accablant pour les gouvernements successifs, incapables d'enrayer durablement cette dégradation.
Cependant, ces préoccupations se retrouvent noyées dans un ensemble de
revendications disparates, allant de la dénonciation des discriminations à la réduction des
journées de cours, cette dernière question occupant même une place prépondérante
dans les doléances recueillies par le ministère. Une accumulation de demandes parfois
contradictoires, caractéristique des mouvements de grande ampleur dépourvus de
véritable direction.La France insoumise a rapidement apporté son soutien à la contestation, cherchant à y faire entendre ses propositions et à inscrire la mobilisation dans un affrontement politique plus large. Les difficultés de l'enseignement deviennent ainsi un nouveau terrain de confrontation entre le gouvernement et ses opposants, tandis que les questions essentielles du niveau scolaire et de l'efficacité du système éducatif passent au second plan.
Face à cette contestation, le gouvernement a multiplié les annonces dans l'espoir d'apaiser la colère. Le 8 octobre, le ministre de l'Éducation nationale promettait ainsi le déploiement rapide de plus de 3 000 professeurs remplaçants, accompagné de nouveaux recrutements et de plusieurs centaines de milliers d'heures supplémentaires. Une réponse pour le moins surprenante : alors que les pénuries d'enseignants sont dénoncées depuis des années, ces moyens semblent soudainement pouvoir être mobilisés sous la pression de la rue, malgré les contraintes budgétaires présentées comme insurmontables.
Mais c'est surtout l'ampleur des violences qui a donné à cette mobilisation son caractère le plus inquiétant. Les blocages d'établissements ont progressivement dégénéré, dans plusieurs villes, en véritables scènes d'émeutes, entre incendies, dégradations, affrontements avec les forces de l'ordre et agressions de personnels éducatifs. Plusieurs chefs d'établissement ont également dénoncé des menaces et des agressions, parfois commises par des individus extérieurs. Autant de violences qui perturbent gravement la scolarité de milliers de jeunes et dont les premières victimes sont bien souvent les établissements eux-mêmes.
Dans ce climat, l'attitude de certains responsables de La France insoumise a suscité
l’indignation. A Saint-Denis, le nouveau maire Bally Bagayoko, intervenu auprès des
manifestants, a notamment défendu l'idée qu'une violence puisse être légitime, tout en
affirmant désapprouver les violences et appeler à la désescalade. Ces paroles et celles
des autres responsables insoumis et de la gauche radicale ne sont malheureusement pas
tombées dans l'oreille d\’un sourd.
Ainsi, les manifestations du 17 octobre qui donnaient l\’espoir à de nombreux citoyens d’un retour des gilets jaunes ont été le début d’une quasi guerre civile dans de nombreuses grandes villes. A Marseille, Paris et Bordeaux ce furent les pillages, les attaques contre les commerçants et autres incendies volontaires y compris envers les casernes de pompiers qui eurent l’audace de tenter d'éteindre les feux.
Dans diverses villes, les attaques ont également visé les institutions. À Marseille et à Lille, les mairies ont été prises pour cible, mais c'est bien sûr Limoges qui fut la plus touchée, avec l'incendie de son hôtel de ville. Il n\’est donc pas exagéré de dire que ces émeutes attisées par la gauche radicale, notamment insoumise, se sont transformées en véritable conflit ouvert entre les honnêtes citoyens et les forces anti-France. Cette situation, si elle n'est pas maîtrisée, ne pourra aboutir qu'à un chaos généralisé ou à une dictature.
Pour éviter cela il incombe donc en premier lieu au gouvernement de régler au plus vite la
situation en utilisant tous les moyens nécessaires et, après coup, appliquer aux
responsables, incluant les provocateurs, des châtiments exemplaires. Le ministre de
l'Intérieur, le Premier ministre et le président de la République ont annoncé une sévérité
certaine sur le plan judiciaire, mais rien de concret sur le plan policier. Comme à son
habitude, le pouvoir macroniste ne semble pas à la hauteur de l'événement et se montre
en vérité incapable de prendre les mesures qui s’imposent.
En ce qui concerne les mouvements et personnalités politiques du camp national, et en
particulier, les candidats déclarés à l’élection présidentielle, l’intérêt supérieur de la patrie
leur demande de s’engager, dès à présent, à un rétablissement de l’ordre républicain par
tout moyen dès leur prise de pouvoir éventuelle et à la prise de mesures pour que de
telles situations ne se reproduisent plus à l’avenir.
En moins d'un mois, la France aura ainsi connu deux visages profondément différents de
la mobilisation populaire : d'un côté, une ferveur religieuse marquée par la communion et
le rassemblement ; de l'autre, une contestation sociale dont les revendications initiales
ont été éclipsées par des violences d'une ampleur considérable. Les événements du 17
octobre constituent désormais une épreuve majeure pour les institutions républicaines.
Au-delà des condamnations de circonstance, c'est la capacité de l'Etat à protéger les
citoyens, à garantir le droit de manifester pacifiquement et à faire répondre les auteurs de
violences de leurs actes qui se trouve mise à l'épreuve. A quelques mois de l'élection
présidentielle, cette crise pourrait bien replacer la question de l'autorité de l'État au cœur
du débat national.
1 En référence à Simon-Pierre, apôtre et premier Pape après la mort de Jésus